Rover : Interview passionnée autour de son nouvel album : Let It Glow

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A quelques semaines de la sortie de son deuxième album, Dicky.fr a rendez-vous avec Rover dans les locaux du label Cinq7. Alors qu’il fait sérieusement froid et qu’il est un petit peu tôt, Timothée Régnier nous reçoit très chaleureusement avec un grand sourire. Pour les présentations, il porte ses lunettes de soleil Ray Ban aviator et son perfecto usé, histoire d’en imposer et d’introduire dès le départ son alter-égo : Rover.
Une fois assis dans le bureau du patron, il retire ses lunettes et le personnage public laisse la place à l’artiste venu présenter son nouvel album : Let It Glow. Déjà sous le charme avant même cette rencontre, l’entretien confirmera tout le bien que l’on pensait déjà de Rover et confirmera surtout qu’il est un artiste avec une véritable vision de son oeuvre, une passion ardente pour ce qu’il fait ! Bavard, modeste (mais aimant bien rouler un peu des mécaniques pour le style et pour faire rire), il raconte l’histoire d’un album raffiné, émouvant et assumé à 100%.

Dicky.fr : Ton premier album est sorti il n’y a que trois ans, ce qui n’est pas si loin quand on sait que tu as terminé ta tournée en décembre 2013. A quel moment as-tu démarré l’écriture de Let It Glow, ton nouvel album ?

Rover : J’ai enchaîné ! J’ai constaté que quand on aime son métier, on a pas forcément envie de prendre de vacances. On a l’impression de perdre du temps. Donc mes vacances, ça a été de me remettre au travail dans la solitude et de réécrire. J’ai arrêté presque au jour de l’an après le théâtre de l’Athénée. J’ai eu quand même quinze jours où il a fallu faire le deuil du premier disque puis je me suis remis au travail. C’était un poids considérable, pas négatif, une présence, il a fallu clore ce chapitre là, clore ces sujets pour pouvoir repartir. Un redémarrage.

Je me suis rendu compte que ce n’était pas une bonne idée d’aller contre un premier disque, d’aller en réaction. Je trace un sillon finalement, il n’est pas si différent même si la manière d’aborder les chansons a changé. Il y a maintenant un sentiment de lâcher-prise, de vouloir laisser les chansons exister par elles-mêmes, de ne pas aller à l’encontre dans l’écriture. Si je devais comparer les deux approches d’écriture, il y avait une détente parce qu’à la suite de la première tournée, j’ai trouvé une assurance forcément ! On est exposé médiatique, on se voit dans le regard des autres tous les soirs, le soir les gens vous attendent… ça peut être très dangereux et grisant. Mais en même temps, ça soigne quelques petites choses qui font que l’on se dit qu’on a le droit de faire des disques. On est plus dans la représentation d’un premier rendez-vous amoureux mais dans le deuxième, dans le Let It Glow : laisser apparaître des zones d’ombres, d’assumer !

« Le contraste m’intéresse »

J’ai assumé ma voix, assumer le choix de garder des premières prises. Elles sont bien comme ça, même si il y a des défauts. Ca a été un disque dur à chanter, plus difficile que le premier bizarrement. Il est moins démonstratif, avec moins d’effets de production. En ce qui concerne l’écriture, j’ai travaillé sur le fait de ne pas stresser si la fin de chanson ne venait pas tout de suite dans l’écriture. Le fait de prendre un quart d’heure, faire autre chose et revenir et retrouver la chanson. J’ai fais de tous ses sentiments angoissant dans l’écriture, un allier. Apprivoiser le vide, accepter le poids d’un premier disque qui a eu un écho plutôt démentiel pour un disque aussi singulier, très personnel.

« Quatre secondes sur certains disques m’ont donné envie de faire de la musique. »

Je me suis rendu compte que le premier album avait parlé à beaucoup de gens, à des mélomanes souvent, avec un avis critique sur la musique, sur mes concerts, des spectateurs sensibles au fait que les concerts ne se ressemblent pas, que je remette en question la musique et ses arrangements. Je n’ai pas été tenté par le chant de sirènes, celui me disant d’aller dans une surenchère de moyens. Je ne voulais pas que l’argent se ressente dans un disque, mon fantasme c’est de le faire sur un quatre pistes cassette avec une boîte à rythme analogique mais ça va être compliqué pour passer sur Virgin (rire). Donc ne pas penser à tout ça et dire je veux pouvoir l’assumer dans dix ans, dans vingt ans, que se soit une vraie photographie de moi à ce moment-là et ça l’analogique le permet.

« Je voulais faire un disque où je me sentais vivant ! »

Si je devais ré-enregistré ce disque que j’ai fait il y a six mois, c’est impossible. Les défauts liés au disque, lié à un studio difficile à piloter, avec des anciennes machines, très organique par les instruments, les amplis… c’est irréproduisible. C’est d’ailleurs ce qui me fascine dans les vieilles photos, on voit un couple sur une plage en 1910, en train de marcher, cette scène là n’aura plus jamais lieue. Leur amour, tout est unique, c’est un alignement de planètes unique où tout devient sacré, précieux. J’adore mettre de la préciosité sur des choses qui ne coûtent pas chères mais qui ont une valeur. Comme le disait Gainsbourg sur certaines personnes : « La vulgarité c’est connaître le prix des choses mais pas la valeur des choses. ». On m’avait prêté de belles guitares et j’ai préféré la mienne qui vaut soixante euros pour enregistrer toutes les guitares de l’album. Elle me suit depuis quinze ans et elle ferait tourner de l’œil n’importe quel guitariste un peu installé mais elle a ce truc qui me rappel mes maquettes qui est sale et qui, je l’assume complètement, me rappel les maquettes de Bowie, de Lennon, des artistes que j’aime. Je n’ai pas à m’en cacher car ils m’accompagnent.

« Il y a un côté crâneur qui, dans notre pays, est assez mal vu mais c’est de l’auto-dérision, du pur plaisir »

C’est un tout qui fait que cet album est pour moi une photo argentique, tu attends le moment où le soleil va se lever et c’est parfait, clac ! C’est parfois pas exactement ce qu’on attendait et puis on s’y attache. C’est comme quand on est en couple avec un homme ou une femme, une femme pour moi en l’occurrence, les défauts me plaisent plus que les qualités. Ca met un effet de levier sur ses qualités, elle essaye de les cacher et c’est ça que j’aime le plus car je ne vois que ça… Les choses que j’essaye de cacher, pourquoi ne pas les assumer ? Etre un peu plus décomplexé et que ça se répercute sur nous. On ne se trompera pas, voilà mon fantasme. Je me suis dis : « Trompe-toi ! » C’est bien de se tromper. Une prise de voix peut-être mieux chantée mais assume celle-là qui est une erreur. Sur The Man Who Sold The World, la version de Nirvana en unplugged, il y a un pain et tous les gamins reprennent ce pain parce qu’il est devenu mythique. Les Beatles faisait un pain à la basse, l’ingé son le baissait et le groupe lui disait non, qu’il fallait le mettre devant, au contraire, d’assumer tout ça. En peinture c’est pareil, une erreur, une tache a fait un mouvement comme pour Pollock. Tout ça me fascine. C’est l’anti-technique, c’est ne pas intellectualiser son art, garder un art brut. Ca n’a pas plus de prétention que ça. Il y a des disques qui m’ont aidé, quatre secondes sur certains disques m’ont donné envie de faire de la musique… un son de caisse claire… je ne l’explique pas mais ça touche exactement un endroit. C’est de l’acuponcture, ça soigne, ça débloque tout ! Un bon peintre, un bon vin, les petits quelques choses de la vie me font la même chose. Je voulais faire un disque où je me sentais vivant !

Dicky.fr : Tu parlais d’un sillon qui continue, justement il y a une logique de continuité dans ton œuvre entre le premier album éponyme et Let It Glow, c’est Reel To Reel, l’album bonus sorti en 2013 pour la réédition du premier disque. Tout est épuré à son maximum, les morceaux sont revisités, il y a un côté imparfait et touchant. L’album se termine par La Roche, un titre où tu te permets d’endosser le rôle d’un crooneur mélancolique statuaire que l’on retrouve sur Some Needs, l’ouverture de Let It Glow. Est-ce que la liaison se fait ici ?

Rover : C’est la première fois que quelqu’un me parle de La Roche. C’est mon titre préféré du premier disque au point où je l’ai caché. Ca peut sonner prétentieux mais j’en suis très fier, je suis fier de ma musique en général mais ce titre j’en suis particulièrement fier. Il n’y a que trois instruments dessus, la basse prend un rôle incroyable, elle chante, la batterie est très droite, tout a été enregistré en une prise même si c’est moi qui ait fait chaque instrument. L’interprétation c’est une prise, cette fameuse photographie dont je parlais précédemment. Pour Reel To Reel c’était la première fois que sur du Rover, je collaborais avec des gens et que je confiais mes chansons à d’autres musiciens.

« C’est à la fois très prétentieux mais apeuré car il se cache »

Il y avait cette interaction. J’ai fini la première tournée, elle a été très longue, à deux en formation batterie, guitare pour un rendu très épuré. J’ai fais le constat qu’avant on était quatre sur scène, on était plus large, plus puissant, plus harmonique mais, je me suis aperçu que plus j’enlevais d’instruments, plus la guitare a de place, plus c’est noble et on entend tout le reste, c’est là. Le vide est intéressant dans la musique même si normalement ça ne marche pas avec la chanson mais ça fonctionne avec moi, il y a l’inspiration dedans. Dans les premiers mois d’écriture de Let It Glow, je me suis vu faire un disque à trois instruments comme Lennon a pu le faire sur son premier. C’est très dur à faire ! Le Less is More est très dur à atteindre. Pour moi, j’y suis arrivé à 110%, à mon niveau, pour un fou d’arrangements qui adore ça. Il y a eu une grosse étape de franchie par rapport au premier album. Après c’est le même sillon, ce sont les chansons que j’ai aimé écrire.

Le côté crooner, je l’ai sur mes maquettes, je l’ai quand je chante les chansons de quelqu’un d’autre en faisant cuire des œufs au plat. Il y a aussi le côté crâneur qui, dans notre pays, est assez mal vu mais c’est de l’auto-dérision, du pur plaisir. On joue la musique donc le terme de jouer à un sens. Comme sur la pochette, je trouve le décalage génial. C’est une photo noir et blanc argentique, recoloré façon années 20 où les cheveux sont très blonds, les lèvres très roses, c’est un peu kitsch, un peu pop-art. Le fond rouge est énorme au dessus, on n’écrit pas Rover, on écrit rien. C’est comme la pochette du premier album, c’est à la fois très prétentieux mais apeuré car il se cache. La lumière et son reflet sont sur la veste, le Let It Glow est dans les phares. Il y a aussi un côté Mort à Venise, il a un teint cadavérique. Je trouvais que ça avait de la gueule, si ça n’avait pas été moi, j’aurais trouvé ça super. Ce contraste m’intéresse.

« J’ai très envie de repartir longtemps en tournée ! « 

Dicky.fr : Tu vas prochainement repartir en tournée. Est-ce que tu penses repartir aussi longtemps que sur ta première tournée ?

Rover : Je l’espère ! Avec peut-être un chemin de route mieux fait, mais avec le même plaisir ! Je l’espère, c’est tellement bon signe ! Les gens aiment le live, nous aussi et là c’est déjà bien rempli jusqu’à l’été, il y a des festivals qui vont être annoncés et je pense qu’il y aura encore une année après. On sera quatre sur scène, avec le même batteur que sur la précédente tournée : Arnaud Gavini. J’ai trouvé un super bassiste et un clavieriste. Ca va défoncer, on adore ! Le fait de jouer les anciens morceaux et de leur donner une cohérence avec les nouveaux titres c’est une belle expérience. Je découvre aussi le fait d’avoir deux disques et le fait d’avoir le choix des chansons ! J’ai très envie de repartir longtemps oui !

 

Let It Glow sort aujourd’hui (le 6 novembre 2015) chez Cinq7/Wagram. Merci à Timothée, Cinq7 et Elsa Borel.

Alexandre Blomme aka Dicky, Rédacteur en chef du site. Dicky est un canard en plastique jaune, mercenaire du web en toutes circonstances.