Rover : Interview passionnée autour de son nouvel album : Let It Glow Part. II

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A l’occasion de la sortie de son deuxième album Let It Glow et avant qu’il ne parte dans une tournée splendide qui va continuer tout l’été, Dicky.fr a eu la chance de rencontrer ROVER dans l’enceinte du label Cinq7. La première partie de l’interview est disponible ici. Suite et fin de cet entretien fleuve et passionnant.

Dicky.fr : Il y a quelque chose de très rock sur la pochette de l’album mais aussi une vraie esthétique pop art. Sur le premier album, tu avais quelque chose de statuaire, de noble, là c’est plus le côté blouson noir. Quelle est la signification de cette pochette pour toi ?

Rover : Quand on compare les deux disques, souvent on m’a dit que le deuxième est moins rock alors que pour moi c’est le contraire. L’épure c’est très rock, le fait de mettre moins d’effets de production, d’avoir un disque plus brut, moins nettoyé avec des bruits de studio, du grain, avoir des compositions moins référencées, c’est ça le rock pour moi. C’est coup de poing donc je voulais une pochette qui le soit aussi, un peu Teddy-boy, se marrer un peu aussi.

Dicky.fr : C’est un album avec une signature sonore très forte, tu n’as pas eu peur de faire peur au public de la première heure ?

Rover : Je fais de la musique parce que j’ai l’impression d’avoir huit ans quand j’en fais. Dans le bon sens du terme. C’est toujours compliqué quand on est artiste, on est pris par la nostalgie du passé et le fantasme du futur avec les projets à venir donc le présent, on n’y est pas vraiment. Donc là, je prends mon temps, j’ai envie d’aller défendre ce disque, il est à mille pour cent assumé, j’assume sa forte personnalité à notre époque. C’est mon auto-critique, je trouve ça ambitieux de faire un disque comme ça en 2015.

Dicky.fr : Sur le titre Let It Glow, il y a une montée dingue avec une structure très cassée comme les Beatles qui collait deux titres en un, c’était ton ambition ?

Rover : L’ambition de faire un solo de basse de 3 minutes 15 sur un morceau, c’est flingué beaucoup d’ambitions derrière. Si on avait l’ambition de passer sur Virgin, ça va être compliqué. Mais le kiff à écouter quand on est musicien ou mélomane, ça fait plaisir. Moi, je prends toujours autant de plaisir à l’écouter parce qu’il se passe toujours beaucoup de choses, ça un sens et ça n’en a pas en même temps, c’est ça qui est génial. J’aime beaucoup ce titre là pour cette raison. J’aime d’avoir eu le cran de mettre en avant la basse plus que la guitare qui essaye finalement de percer derrière et qui n’y arrive pas.

Dicky.fr : Dans l’album, il y a un titre qui sonne comme de l’électro mais construit avec des couches d’instruments organiques, c’est Along, peux-tu nous en dire plus sur ce morceau et sa construction ?

Rover : C’est une construction quasiment électronique de couches qui viennent se superposées mais tout est organique. Le grand défi de cette chanson c’était de virer l’assise d’une mélodie composée en piano voix pour la remplacer par des harmoniques très droites, c’est vraiment lié à l’électronique dans l’approche d’arrangement. Toute l’assise que l’on a avec une guitare ou un piano a été retirée et sous-mixée donc il y a ce flottement sur tout le morceau et l’assise devient cette rythmique entêtante et usante avec en plus une agressivité analogique donc chaude. Il en est de même dans sa construction, j’ai adoré rentrer de couleur très mécanique mais vivante, c’est l’homme qui joue au robot, et de foutre un clavecin au milieu, un truc baroque, produit illicite aujourd’hui. Ça fait très McCartney et je l’assume complètement.

Dicky.fr : Pour les paroles, quels sont les thèmes abordés sur l’album ?

Rover : Il y a des thèmes différents. Souvent je les transpose dans une fiction un peu étrange. Il y avait trois titres qui se suivent dont j’avais commencé l’écriture, à conceptualiser une sorte d’histoire d’un homme qui erre dans l’espace dans le cadre d’une mission spatiale. C’est How Can You Dance ? Il va rentrer chez lui, sa famille l’attend, les gens fêtent ça à la maison mais lui se rend compte qu’il ne va pas pouvoir rentrer parce que sa capsule dérive vers les abysses infinis. Tout ce qui l’entoure est noir, il regarde des vidéos VHS en attendant, c’est mon côté néo-futursite. La NASA annonce à sa femme qu’il ne va pas rentrer, elle s’effondre sur le pas de la porte. C’est très cinématographique, un peu kitchos mais ça m’émeut toujours ce style là. Lui dérive vers cette obscurité angoissante et il se demande How Can You Dance ? alors que lui ne peut pas rentrer. « I’m on fire », sa capsule prend feu, il manque d’air… mais il va s’échouer sur une exoplanète (planète située en dehors du système solaire, ndlr) et Odessey commence ! Il se réveille, il est à flan de falaise comme à Etretat et il voit une série de 200 baleines allongées comme des sardines, le ventre ouvert qui sèche au soleil. Il comprend qu’il est sur une autre planète où il n’y a pas d’être humain mais des animaux visiblement et commence son aventure. J’ai pensé à écrire une histoire et des titres autour de cette histoire. Je voulais conceptualiser, faire un film d’animation…
Déjà pour le premier disque, je l’avais déjà fait. Il y avait Aqualast, La Roche, cette histoire de poilu qui revient chez lui. Ça met une assise émotionnel sur ce disque et on peut facilement le retransposer à une personne : sa femme lui manque, il a un travail pas tous les jours facile et ce spationaute c’est justement ça. La distance en amour, c’est un thème récurent, l’obligation de la vie face au rêve, le temps en suspens quand on est amoureux mais la vie qui revient avec ses obligations mêmes primales. C’est aussi ce contraste qui cohabite quand on écrit une chanson. Tout ça a donné une trame et les sujets sont venus d’eux-mêmes comme la peur du lendemain, de l’engagement, de s’investir dans une relation amoureuse…

Dicky.fr : Ton premier album s’inscrit déjà dans le temps, il a un côté intemporel, quand on voit le débat autour des réfugiés et des migrants, ça fait appel tout de suite à ton titre Lou qui parle de ça. Est-ce que tu insères des éléments d’actualité dans ta musique ?

Rover : C’est un très beau compliment déjà.Pendant l’enregistrement du premier disque, j’enregistrais Full Of Grace, le dernier titre un peu sombre comme ça, c’était le jour du Tsunami en Thaïlande. On entend ça alors qu’on disait qu’on faisait un raz-de-marée sonore, c’était très curieux. Pour ce nouvel album, pendant le drame, les événements Je Suis Charlie, on était en train d’enregistrer In The End. On est coupé du monde en studio mais on a des bribes, des appels et c’est très puissant quand on est pas dans un cycle de vie classique, que l’on a le privilège d’être dans une sorte de bulle pour enregistrer un disque. Quand une information dramatique saute au visage, c’est d’une grande violence. C’est un enfant qui apprend que le père noël n’existe plus, que ses parents vont mourir et que lui aussi. Cette forme de violence est quelque part inspirante parce que le soir on y pense et on l’intègre. Donc la réalité dans les morceaux, elle est là.

 

Merci à Timothée, Elsa Borel et Cinq7

Alexandre Blomme aka Dicky, Rédacteur en chef du site. Dicky est un canard en plastique jaune, mercenaire du web en toutes circonstances.