Last Train : Interview au MaMA du groupe rock français qui monte

last-train-eyes-4

Après un premier rendez-vous raté, la veille, quelques heures avant de monter sur scène pour le MaMA festival, Dicky a eu la chance de retrouver Jean-Noël et Julien, chanteur/guitariste et guitariste de Last Train, le lendemain. Fraîchement sorti de chez le tatoueur, les deux garçons sont habillés en noir, un casque de moto sous le bras, y a pas à dire, on a à faire à des rockeurs. Pas qu’une attitude, Last Train s’est imposé comme le groupe rock français (bien qu’il chante en anglais) qui prend de l’ampleur grâce à cette énergie hallucinante entre stoner et garage qu’il dégage sur scène. Du travail, beaucoup de travail, du live et son avenir, ils ne sont pas là pour rigoler et sont très précis dans leurs choix.

Dicky : Vous êtes le seul groupe à qui je vais pouvoir poser cette question : c’était comment de jouer au MaMA Festival ?

Julien : 1000 personnes sont passés nous voir à priori. On a dépassé la jauge, elle était de 250, il y avait 350 personnes lors de notre concert, c’était un gros kiff. Quand on voit des gens qui se déplacent, qui viennent nous voir et qui restent, ça nous vraiment plaisir. On a presque 200 concerts à notre actif, on a commencé assez jeune à donner des concerts où on arrivait dans une ville dans laquelle personne ne venait . Notre première date parisienne, on a joué devant une dizaine de personnes. Avec le temps, on est passé de vingt à cinquante donc là, le fait de jouer devant plus de trois cent personnes, c’est un grand grand kiff !

Dicky : Vous avez fait de nombreux festivals prestigieux cet été avec un public nombreux, qu’est-ce que vous a amené cette nouvelle expérience ?

Jean-Noël : Si ce n’est que la jauge de spectateur est plus grande et que les scènes l’étaient aussi, pour nous, ça ne change rien. On appréhende tous les concerts de la même façon : on a un temps pour s’exprimer après qu’on le fasse devant dix personnes ou dix mille, pour nous c’est la même chose. Il y a eu des scènes immenses comme à Garorock, les Eurock et pourtant on a pris l’habitude de resserrer les amplis, on a voulu rester dans la même ambiance, d’être assez serré. Ça nous fait du bien de retourner en club aussi, les gens sont plus proches et tu peux discuter avec eux, descendre dans le public, c’est plus spontané.

« Nos quarante minutes de concert, vous nous les laissez et nous on vient foutre le bordel ! »

Dicky : Vous avez fait une sacré tournée avec seulement deux titres. Vous sortez un nouvel EP où on retrouve ces deux titres, c’est une volonté de votre part de faire languir votre public ?

Jean-Noël : C’est ça qui attire et c’est ça qui est intéressant !On s’évertu à donner le moins de contenu possible sur internet parce qu’on aime bien cette frustration de ne pouvoir écouter que quatre chansons. Dans le nouvel EP, il y a quatre titres : Fire, Cold Fever sont déjà sortis, Leaving You Now est déjà clipé donc il n’y a pas de nouvelles chansons. On aime bien ça. Pour nous, de façon retranscrite, ça veut dire : vient nous voir en concert ! On est un groupe de live, on a tout à prouver sur scène plus que sur album.
Julien : Il y a un phénomène marrant en conséquence de ça, certaines personnes connaissent certaines chansons qui ne sont pas sorties parce qu’elles sont venus nous voir plusieurs fois. Des gens qui nous ont vu trois ou quatre fois et qui nous disent : la troisième elle est trop cool, c’est quoi le titre ? Donc on leur répond et on leur explique qu’elle n’est pas sortie et ça, on trouve ça assez cool.

« On voit la musique comme un art et pas comme un outil pour faire passer un message. »

Dicky : Vous avez une énergie phénoménale en live, c’est quoi votre envie quand vous montez sur scène ?

Jean-Noël : Le live on les considère comme 40 minutes d’expression, 40 minutes données à nous quatre. On en chie beaucoup à côté, on travaille beaucoup beaucoup, ça nous permet de garder les pieds sur terre par rapport aux trucs cools qui vont venir. Du coup, dans la vie de tous les jours, on est assez rangés, assez travailleurs, assez entreprenants par contre ces quarante minutes, vous nous les laissez et nous on vient foutre le bordel !

last-train-eyes-1

Dicky : Mais le fait de tourner sans avoir enregistré, vous n’avez pas peur de tomber dans le piège de faire des allers-retours sans fin entre la scène et le studio ?

Jean-Noël : On est déjà parti en studio deux semaines pour enregistrer quelques titres. Dans le but d’enregistrer un album et finalement on s’est dit qu’on allait repartir en tournée, qu’on avait pas besoin d’un album tout de suite. Au contraire, prouvons aux gens que l’on peut partir en tournée sans album, c’était ça notre kiff. Là, c’est prévu on repartir en studio pour enregistrer et mixer des parties, on n’est pas pressé, ce qu’on veut faire, c’est faire les choses bien.

« On a pas de phrases clés à mettre sur Last Train, ça se vit ! »

Dicky : Vous parliez de 40 minutes d’expression, c’est quoi ce qu’exprime Last Train ?

Julien : Je crois qu’il y a beaucoup de choses qui se dégagent de la musique avant tout. Quand on était plus jeune, on faisait beaucoup de musique et il n’y avait pas forcément du chant avant, le chant est arrivé dans notre musique depuis deux ou trois ans. Nos paroles vont plus vers des expériences de vie, des choses que le public peut s’approprier, des choses métaphoriques.
Jean-Noël : Ca sera jamais engagé !
Julien : On voit la musique comme un art et pas comme un outil pour faire passer un message.

Dicky : Une expression sans message précis très bien, mais vous dégagez quoi en live dans ce cas-là ?

Jean-Noël : Il faut venir nous voir en concert pour ça (rires). C’est difficilement explicable quand on nous demande pourquoi on est vénère comme ça. On est pris pour des gens énervés mais c’est comme ça, on ressent les choses comme ça et donc elles s’expriment de cette manière. On a pas un message à délivrer, il y a des choses qui se passent ou qui parfois ne se passent pas selon les concerts mais on a eu des expériences ahurissantes avec le public. C’est pas un live calibré, c’est pas ordonné hormis les structures musicales des morceaux. C’est fait dans l’intention, avec des émotions, c’est ça qui est important. Ce qui est sur scène, c’est nous !
Julien : Expliquez ce que tu fais et pourquoi tu le fais, c’est compliqué d’y répondre. On va écrire des paroles, c’est Antoine, notre batteur, et Jean-Noël qui le font, on y retravaille tous ensemble ou en groupe. Mais ils le font de leur côté à la base et après on en parle.
Jean-Noël : Antoine doit écrire un tiers des paroles. C’est marrant parce qu’Antoine nous file les textes et donc on a une approche différente. Souvent on écrit la musique et après les paroles et souvent c’est l’inverse qui se passe donc je lis les textes, c’est très concret mais ça ne me parle pas forcément à moi. C’est une expérience personnelle d’Antoine, je m’attache à ça et je cherche un effet miroir où je cherche à comprendre ce que je peux donner avec cette base. C’est assez cool, on a pas de phrases clés à mettre sur Last Train. Ca se vit ! Surtout sur scène !

last-train-eyes-3

Dicky : Vous pensez sortir quand ce fameux premier album ?

Julien : Fin de l’année 2016. Entre temps, il y aura 150 dates (rires)
Jean-Noël : On travaille beaucoup pour jouer à l’inter et en France, c’est très important pour nous. On est tous les quatre très attachés au développement du groupe. On prend soin de faire les choses petit à petit pour les faire bien.

Dicky : Quel est l’esthétique autour de Last Train ?

Julien : Le visuel correspond à ce qu’on porte dans la vie de tous les jours. On aime bien s’habiller en noir. L’identité visuelle des clips est fait en fonction des chansons. Fire a ce truc mystique donc en tournée européenne, on était un peu galère. On a posé le van, on a fait 500 mètres avec le matos, il y avait le couché de soleil, il fallait se dépêcher. Leave Me Now a ce côté brut, très percutant comme nous en live.
Jean-Noël : Une critique disait de nous qu’on sentait le groupe très travaillé par du management et par du coaching visuel alors que ce n’est pas le cas du tout. On est comme ça dans la vie. On fait des clips comme on a envie de faire des clips, on pose des images sur la musique et ça doit reflété ce qu’on est, c’est à dire quatre types qui portent des vestes en cuir. Fire a cette autre dimension parce qu’on était en tournée, à l’arrache et elle représente bien l’énergie du groupe. Il n’y a pas une idée précise à part celle qu’on est terre à terre et qu’on est vraiment comme ça.

Dicky : Avec autant de dates de live, c’est quoi votre meilleur souvenir de live ?

Jean-Noël : C’est compliqué. Les grands rendez-vous auxquels on a été invité du type Printemps de Bourges, Rock en Seine, c’est important oui mais ça ne doit surtout pas être une fin en soi. Ca doit être des étapes que tu passes petit à petit. Donc non, je n’ai pas un concert en particulier mais plus cette évolution dans la tournée, d’avoir trente dates à la suite. C’est ça qui est cool. Les dates dites importantes peuvent être ratées ou importantes. Tout le monde a parlé de Last Train après le Printemps de Bourges alors que c’est peut-être un des pires concerts qu’on ait donné de l’année 2015. Problème technique sur problème technique, la set était à chier, c’était sans doute le pire concert mais tout le monde s’est excité parce que c’était le Printemps de Bourges. Moi j’ai bien plus kiffé le concert à Metz, une semaine plus tôt, dans la tournée où il n’y avait que trente personnes dans le bar. On n’avait pas répiqué les amplis, y a vait des poutres géantes mais il y avait quelque chose de cool. Si j’avais donné que ce seul concert à Metz, pareil ça aurait été pourri, ce que j’aime c’est le fait de donner des séries de concerts. Donc mon meilleur souvenir, c’est les 100 dernières dates.
Julien : Moi c’est Birmingham ! J’en ai des frissons. C’était notre tournée européenne, il devait y avoir sept personnes je pense dans la salle. A la fin du set, il y a des grosses pêches et là Jean-Noël fait un solo puis on repart tous ensemble. Et là, je sais plus pourquoi mais Antoine est parti lui en solo et on l’a rattrapé à la fin, c’était génial ! C’est la ville de John Bonham (batteur de Led Zeppelin, ndlr), je m’en suis aperçu après, mais je pense qu’il y avait quelque chose de spécial ce soir là.

 

Merci à : Last Train, Marie Britsch, le MaMA Festival, Cécile Legros, Victoria Levisse et Pauline LeTalec.

Alexandre Blomme aka Dicky, Rédacteur en chef du site. Dicky est un canard en plastique jaune, mercenaire du web en toutes circonstances.