Interview Kid Wise pour son album L’Innocence

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A l’occasion de son premier album L’Innocence, Dicky.fr a rencontré Kid Wise. Lendemain de cuite et jour J de la sorite de l’album, le rendez-vous a lieu dans un appartement où ils vivent tous en groupe. Alors que certains sont encore à déambuler patraques, Augustin, chanteur et pianiste du groupe, nous accueille le cheveu hirsute et l’œil pétillant. Minutie dans le travail, rencontre musical et thème des paroles sont au rendez-vous…

Dicky : Avec Kid Wise, vous avez des structures musicales très complexes avec des couches, des sur-couches et un gros travail mélodique. Comment savoir qu’un morceau est terminé, quand pensez-vous vous approcher de l’apothéose d’un titre ?

Augustin : C’est vrai que chez nous, c’est notre gros problème. On cherche toujours à en mettre beaucoup, parfois peut-être trop, mais il y en a toujours un qui veut rajouter quelque chose de nouveau. C’est très dur de lâcher un morceau. Là, si on nous relaissait l’occasion, je pense qu’on remixerait l’album encore pendant trente jours parce qu’on aura toujours quelque à chose à redire. Le sentiment de lâcher-prise est très important dans la musique sinon tu ne t’arrêtes jamais et tu deviens malade. Aucune œuvre ne peut être parfaite pour son auteur. Il y a Clément du groupe qui fait beaucoup de réalisation ; il a travaillé en binôme avec le père de Léo qui est réalisateur également du disque. C’est lui qui a fait le travail d’architecte en mettant ensemble différentes pièces éparpillées à droite à gauche. Je l’ai épaulé dans ce travail là aussi en le poussant à lâcher prise et ne pas hésiter à ralentir les choses si besoin. C’est très difficile ça.

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Dicky : A quel moment avez-vous su que votre premier album L’Innocence était terminé ?

Augustin : Quand on avait plus de tunes pour pailler le studio au bout du cinquantième jours (rires). STOP ! On a fait trente jours de mixage ce qui est beaucoup. On a un album d’une heure huit avec un nombre de pistes hallucinants. On a des morceaux avec plus de 80 pistes ! ProTools pétait les plombs , l’ordi fumait… On avait une deadline et on s’y est tenu et on a fait le maximum pour arriver au but que l’on s’était donné.

Dicky : En interview vous ne dites ne pas composer de chanson d’amour mais pourtant l’amour revient, la séparation revient souvent, c’est plus une analyse du sentiment amoureux, donc quelque chose intime ?

Augustin : On essaye de retranscrire des sentiments et pas des histoires. Certains le font très bien comme nos amis de Feu ! Chatterton qui le font de manière magnifique. Comme je n’ai pas ce talent là, j’écris des choses qui passent en moi à un instant T que j’ai besoin de recracher sur une feuille. Quand je suis seul au piano, je le balance sans filtre donc c’est des paroles très personnelles, pas forcément très ouvertes sur le sujet mais des émotions qui passent. Les dix morceaux de l’album ont eu besoin de sortir un jour ou un autre.

Dicky : Un des climax de votre album est le titre Ceremony pour lequel vous avez invité un artiste iranien Mohammad Moussavi, comment cette collaboration s’est réalisée ?

Augustin : On lui a laissé vraiment carte blanche sur sa partie, il n’y a qu’à la fin où il y a un lien avec les violons qui s’empilent pour ouvrir sur notre partie sinon c’était carte blanche. On a un respect énorme pour ce mec. Parfois, je suis là à me plaindre sur des remises en question dans un canapé dans un appartement dans Paris alors que lui, il a 19 ans, il vit à la campagne en Iran. Le pianiste allemand Nils Frahm a posté un titre de Mohammad sur Soundcloud avec le commentaire qu’il avait posté : j’adore ce que vous faites, je suis un jeune artiste iranien, je vous envoie mes musiques même si je n’ai pas trop le droit de le faire en Iran, j’espère que ça vous plaira.
Du Coup Nils Frahm l’a partagé et ça a permis de le faire mieux connaître. J’ai beaucoup aimé donc je l’ai ajouté sur Facebook et on a beaucoup discuté. Quand tu lui parles, ça devient tout de suite ton pote. On a fait de la musique ensemble, on a énormément discuté. Il est fou parce qu’il a dix-neuf ans, il a fini son lycée et en Iran, tu dois aller au service militaire pendant trois ans pour avoir un visa, c’est le seul moyen à part si tu es riche. Le service militaire là-bas c’est pas comme en France, il y a vingt ans… Lui n’a pas envie de le faire parce qu’il a envie de finir son album.
Résultat, il est toujours dans la crainte de se faire chopper dans la rue par les autorités. Il commence à être connu parce que tu n’as pas le droit de publier tes musiques à part si elle est religieuse, tu ne peux pas tenir la main de ta copine dans la rue, tu ne peux pas t’embrasser dans un parc, c’est une réalité différente et bien plus compliquée. Il y a une nostalgie plus que réelle dans ses morceaux, c’est hallucinant ! Du coup, j’ai craqué, on adore ce qu’il fait et lui a dit qu’on voulait rendre hommage à lui, son talent et sa bravoure et donc lui on a laissé une plage de ce qu’il voulait sur ce morceau. On trouvait qu’il y avait déjà un côté arabisant à la base, ça lui a beaucoup plu, on lui a envoyé et il a composé Ceremony. C’est une partie hors du temps, vraiment particulière dans l’album si tu l’écoutes les yeux fermés. C’est que des pistes de guitares, il y en a huit avec toutes les fréquences et derrière la voix de son père qui est très belle. On est très content de cette collaboration et on espère que ça permettra de lui rendre hommage ensuite. On espère en faire d’autre comme ça.

Merci à Kid Wise (spécialement à Augustin), Marine Gora de The Wire Records, Quentin Vancheri et Michaël Buffon.

Alexandre Blomme aka Dicky, Rédacteur en chef du site. Dicky est un canard en plastique jaune, mercenaire du web en toutes circonstances.