Captain Kid : rencontre pour la sortie de son nouvel album X or Y

C’est à l’occasion du festival professionnel du MaMA à Paris que l’on a eu la chance de rencontrer Captain Kid facebook. Avec un nom de super-héro laissant imaginer un personnage de pulp comics, cet auteur-compositeur-interprète fait parti de ces musiciens dont la musique est plus connue que son nom. Bande originale folk pour la publicité de La Caisse d’épargne, sa chanson romantique We & I au son sifflotement mélodique est un incontournable cathodique. Il est temps de passer à la suite, Captain Kid a présenté, fin 2015, un 45 tours annonçant un deuxième album : X or Y. Rencontre dans un joli restaurant de Montmartre : Le Gloria.

Dicky.fr : Tu as sorti un premier album avec un single fort que tout le monde connaît sans savoir que c’est toi, tu reviens avec un nouveau 45 tours annonçant un nouvel album, dans quelle a été ta volonté artistique autour de ce nouveau disque ?

Captain Kid : Je n’avais pas une idée très précise de là où j’allais quand j’ai commencé l’album. Au départ, j’ai commencé par maquetter pour composer des bonus pour une réédition du premier album. J’avais trois quatre morceaux sous le coude et en les faisant, le projet a commencé à prendre de l’ampleur, des gens sont venus m’aider à la réalisation… Je n’avais pas une idée préconçue de comment ça allait sonner mais je savais seulement que j’avais du temps pour le faire, beaucoup de temps. La différence avec le premier est que je pouvais maintenant l’enregistrer dans mon propre studio donc j’avais toute la latitude pour essayer des choses. La pièce maîtresse autour de cet album, ça a été l’expérimentation. Sans tomber non plus dans des délires prog-rock de ouf mais de prendre le temps de travailler plusieurs versions pour chaque chanson et de voir ce qui marchait le mieux, ce qui portait plus le morceau et le rétrécir jusqu’à arriver aux douze titres qui forment l’album. C’était expérimenté mais sans concept majeur.

Dicky.fr : Souvent on découvre on le concept ou le thème commun après l’enregistrement…

Captain Kid : De grands albums ont été fait dans cette optique conceptuelle. Peut-être que c’est ce que je vais faire pour le prochain, j’aime bien que ce soit différent à chaque fois. Je suis content du résultat de ce nouvel album parce qu’il a été long à faire, il y a eu des moments de doute. J’ai quand même passé près de deux ans et demi dessus, non in-extenso, en studio. Parfois, pendant une semaine, on arrive à rien, on jette tout, on désespère d’y arriver un jour et un matin, comme ça, en bidouillant on y arrive. C’est là qu’intervient le pouvoir de l’aléatoire. On tombe sur des trucs sans faire exprès, l’heureux accident. Beaucoup de choses cools peuvent naître d’accidents. Ca peut foirer aussi mais ça donne envie d’essayer d’autres choses et de nouvelles idées viennent se greffer autour de ses accidents. C’était passionnant à faire.

Dicky.fr : Donc des accidents mais d’après toi quel est le fil rouge qui rallie tous cet album ?

Captain Kid : Le fait que c’est moi qui ai écrit les textes et les mélodies. Je ne me suis rien interdit. L’album aborde plusieurs thèmes et plusieurs styles et arrivé un moment, je me suis demandé si il n’y avait pas trop de différences entre certains titres. Finalement, ça me plaisait, ça ne me choquait pas. On vit à une époque où un album va être un son, une prod et ça, ça me gonfle un peu. J’aime aller piocher dans des styles différents. J’espère que les gens qui l’écouteront vont trouver leur plaisir et que la variété leur plaira. Je ne voulais pas me restreindre. J’étais chez moi, dans mon petit studio à la cool, à faire mes sons, mes prods, je ne m’interdis rien. Si au bout du compte quelqu’un m’avait dit ce titre là garde le pour une futur album, file le à quelqu’un d’autre, en fin de compte non, j’ai réussi à trouver une cohérence entre le titres.

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Dicky.fr : Les deux premiers extraits : Saturn’s Eye et Sun One sont sortis dans un format vinyle mais aussi en digital. Aujourd’hui la consommation musicale est différente, les gens écoutent à la track. Tu sors un double single puis un album, est-ce qu’aujourd’hui, c’est pour toi encore le format absolu ?

Captain Kid : Je me pose des questions parce que je suis très lent pour faire des disques et donc si je ne veux pas en sortir un tous les dix ans, je me demande si je ne devrais pas me tourner vers le format des maxi mais de façon plus régulière. Là, on vient de sortir un 45 tours, c’est la première fois pour moi et j’adore le format, ce que ça permet de faire. J’aime le côté bref. Mon idée, bien que je pense qu’elle ne verra pas le jour à part peut-être pour un autre projet ou d’autres artistes, c’est de sortir, tous les trois mois, un 45 tours et au bout d’un moment, les compiler pour en faire un album. Je n’en sais rien mais je dois avouer que je suis très attaché au format album car je trouve que c’est la façon de s’exprimer dans un format parfait. Je n’aime pas les albums trop longs mais les 35-40 minutes c’est parfait. Ca laisse suffisamment de temps pour dire ce que tu as à dire et montrer ce dont tu es capable sans non plus trop s’appesantir. Si l’album est réussi, ça doit aller droit au but et les dix morceaux doivent être tous des petits bijoux, être scicellés. C’est en ça que j’aime le format album après quand tu achètes un album et qu’il n’y a que deux singles qui valent le coup, évidement je suis moins attaché au truc. J’espère que c’est pas le cas avec mon album sinon j’espère qu’on me le dira (rires).

« Beaucoup de choses cools peuvent naître d’accidents. »

Dicky.fr : Mais cet amour du vinyle, c’est pour le côté objet de l’album, pour le spectre musical plus ample, la chaleur du son ?

Captain Kid : Oui, c’est un peu tout ça cumulé. J’ai découvert le vinyle assez tard. J’en utilisais quand j’étais enfant mais j’ai toujours été assez dubitatif sur ce culte autour du vinyle, je trouvais que ça faisait un peu snob et enfin de compte, je m’y suis mis comme tout le monde et finalement, il y a un charme incroyable ! Je ne peux plus m’en passer. C’est tout le rituel, le fait de poser un disque. J’écoute peut-être moins de musique mais j’écoute vraiment la musique, je suis chez moi, je baisse les lumières et je l’écoute. Je ne suis pas distrait. Je ne suis pas en train de l’écouter dans le métro, en bagnole ou en recevant des amis à dîner, là j’écoute vraiment de la musique et ce format invite vraiment à ça. C’est en ça que je le chéris.

Dicky.fr : Quelle est l’esthétique musicale pour ce 45 tours avec les titres Saturn’s Eye / Sun One ?

Captain Kid : Saturn’s Eye, c’est le premier titre qu’on a dévoilé en mai 2015. Celui-ci, ça a été un des plus faciles à arranger. Mon idée était au départ de partir sur cette base : guitare acoustique harpégée et batterie. Je réfléchissais à travailler avec un producteur pour un quatuor de chordes un peu sophistiqué, dissonant et ça a été très difficile à mettre en place. Résultat, je me suis retranché vers une autre solution qui était la bonne, celle d’utiliser des instruments indiens comme le cithare et l’esraj, le violon indien, qui à mon sens collait à l’univers du morceau, à la thématique abordée. Par petites touches discrètes et des effets de delay, une petite mécanique bien faite et c’est né comme ça. Saturn’s Eye est venu assez facilement et c’est probablement le seul. Les autres on est passé par plein de versions différentes et là non, on a été satisfait tout de suite.

Dicky.fr : C’est pour ça que le titre prend un côté spatial très fort. Tu parlais du thèmes explorés dans ta musique, quels vont être ces thèmes dans ce nouvel album ?

Captain Kid : Quand je parlais de choses à dire, je pensais plus à un propos musical. Laisser de la place aux chansons et c’était travailler les morceaux jusqu’à trouver les meilleurs arrangements, avoir cette exigence d’aller jusqu’au bout. Parfois tu enlèves un élément et tout se casse la gueule, donc trouver la combinaison parfaite et ne pas avoir peur de recommencer à zéro. C’est le meilleur moyen pour avancer. Le concept que l’on peut retenir ce n’est pas tant ajouter des couches d’instruments jusqu’à ce qu’on ne puisse plus en rajouter, c’est en enlever jusqu’à ce qu’on ne puisse plus en enlever. L’album n’est pas pour autant minimaliste mais ce qui reste est, à mon sens, indispensable !

Dicky.fr : Le morceau dont tu es le plus fier sur ton album ?

Saturn’s Eye est mon morceau préféré, j’ai pas honte de le dire. Il y a aussi X or Y, un morceau bref de deux minutes quinze, à fond la caisse, un titre pop sixties mais avec une batterie un peu dingue qui joue sans-cesse et plein de petits instruments bizarres. Je le trouve parfait parce qu’il me ressemble. Quand je fais écouter, je sais que personne ne retient ce titre mais personnellement c’est mon préféré. Justement, je brûle aussi de faire écouter l’album à un plus grand nombre pour avoir encore plus de retour. Actuellement, il n’y a qu’une cinquantaine de personnes qui l’a entendu en comptant la famille et les amis. J’ai envie de savoir ce que les gens en pensent ! Je l’ai commencé il y a plus de trois ans donc j’ai envie de savoir maintenant. Je veux qu’il vive sa vie pour que moi aussi, je puisse passer à la suite.
J’apprends encore la musique, mon métier. Produire des disques, ce n’est pas facile. Il y a tellement de facilités de se tromper ou de mal faire, qu’il vaut mieux parfois apprendre des erreurs des autres en écoutant un mauvais album. J’ai pas mal écouté Beck, MGMT, Vampire Weekend pendant cet album. C’est des musiques qui m’ont portées ! Le dernier Vampire Weekend est un tel chef d’œuvre indépassable qui fourmille d’idées, de mélodies. C’est une bible !

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Dicky.fr : Le titre Sun One a un clip où on retrouve compulsivement des cercles, c’est important pour toi ce symbole ?

Captain Kid : C’est marrant que tu dises ça parce que je suis très attaché aux formes géométriques, aux chiffres, aux figures et aux symboles mathématiques. Bon, je suis nul en math, je n’y connais rien, j’ai un niveau terminal et encore… (rire) mais je suis assez fasciné par les figures géométriques et les chiffres. L’idée pour le clip ne vient pas de moi. La chanson parle du soleil, le clip aussi mais après il ne suit pas mot pour mot les paroles littéralement. L’idée du duo Jakarno, Jack Antoine Charlot et Arnaud Delord qui sévissent sous le nom de Jakarno, était de filmer en top shot, du point de vue du soleil. Tout a été filmé du haut d’une grue et donc le cercle.

Dicky.fr : Il y a un côté astronomique dans ta musique aussi…

Captain Kid : Il y a des formules mathématiques qui apparaissent. Il y a la symbolique de la mélancolie quelque part. Saturn a toujours été associé à ça. L’idée du sablier, la carte… j’aime les clips avec une esthétique tranchée. Je donne des idées de thématiques après je laisse le réalisateur faire. J’ai souvent des idées de couleurs, de choses que je voudrais voir apparaître. Sur Saturn’s Eye en particulier où je voulais le squelette, les formules mathématiques après je fais confiance je suis pas réalisateur. Si je pouvais, je le ferais mais je ne sais pas inventer une portée visuelle ou un concept. J’ai envie que les gens proposent des choses et pour Saturn’s Eye et Sun One, je suis très content parce qu’il y a deux univers que j’aime beaucoup.

Dicky.fr : A quoi ressemble Captain Kid en live ?

Captain Kid : On ira se vendre un peu partout où on voudra de nous. J’ai hate ! La formule live n’est pas d’adapter l’album tel qu’il est sur disque parce que c’est un peu chiant, l’idée de jouer avec des bandes en live ça ne me correspond pas. J’ai des musiciens incroyables avec moi : Jérôme Laperruque, Matthieu Jay et Jérôme Pichon. Ils ont enregistré avec moi sur le disque mais l’idée n’est pas de reproduire le disque à l’identique mais d’essayer d’adapter pour la scène. Certains morceaux apparaitront de façon très différente au niveau du tempo mais il y a du jeu. Quand je vais à un concert, j’aime que les musiciens ne fassent pas leurs virtuoses ou leur numéro mais de sentir une harmonie. C’est des potes depuis longtemps, ils ont joué sur cet album là, la plupart sur le précédent aussi donc j’ai super hate d’y être, c’est continuer à faire vivre les morceaux mais sous une forme différente. L’album, c’est de trouver la forme parfaite pour les morceaux mais cette forme parfaite, c’est celle que j’ai décidé au moment où ca a été fini… tu peux toujours continuer et chercher des versions différentes mais il y a un moment où tu te dis que tu arrêtes et que le morceau est parfait comme il est. Je pourrais y revenir tout le temps, je pourrais d’ailleurs sortir un album autour d’une chanson que je déclinerais sous douze versions différentes. D’ailleurs, c’est pas con ça. (rire), ça sera peut-être ça le prochain.

Merci à Captain Kid, Marion Pacé, l’agence Ephelide, Victoria Levisse, Cécile Legros et toute l’équipe du MaMA.

Alexandre Blomme aka Dicky, Rédacteur en chef du site. Dicky est un canard en plastique jaune, mercenaire du web en toutes circonstances.